Imposition

Un champ de pieds de vignes d’un rouge automnal et une chapelle improbable au centre de Berlin : ces photos s’inscrivent en moi comme des peintures, une étape supplémentaire, car dans le cadre de cette transformation, un rêve s’échappe.

Je suis alors toujours un peu perplexe; Il n’y a pas de révélation, ou parfois même de début de compréhension; Les mots toutefois, accompagnent le geste. Sont-ils justes ou excessifs, semblant véhiculer une pensée occulte? Il s’agit d’une recherche… Dans ce temps ainsi défini, on peut avancer, tâtonner, retourner sur ses pas jusqu’à trouver la bonne forme d’expression tout en annonçant le prochain réel, c’est à dire la vision qu’on en a dans le contexte et le temps actuel. Une image. Des mots. Un objet. Ce n’est pas tant le détail mais l’immensité de l’univers que je dois ramener à une dimension acceptable et palpable pour permettre une transformation de l’image précisément en véhicule signifiant. J’ajoutais des formes ressemblant à des enchainements de phrases et je peignais par dessus en vermillon n’accrochant pas trop d’objets dans les nuages peut-être pour ne pas paraître désuet. Je me laisse alors la possibilité de replacer les objets dans cette réalité qui est la mienne et de redéfinir à nouveau leur usage et leur utilité réels, par défi à la voie du placement par la séduction du capital, en chasse pour sa subsistance.

Le brouillard se lève entre les arbres éparses des flancs du coteau d’ardoise. La lumière éclaboussante du soleil naissant est encore retenue par l’univers cotonneux, alors que sous le bleu clair du ciel, au-dessus des verts et ocres de la prairie tâchée par les gelées matinales, des rayons pâles conservent des teintes roses dans les reflets de la brume. Le soleil apparaîtra en entier passant la colline à l’est, objet accroché dans le ciel au bon endroit pour inonder la vallée de rayons bienfaisants. Un tank apparut. Bien que ce jours là il fut ailleurs, en Syrie ou sur mon écran, j’ai pu par cette image avoir une idée de ce réel si irréel, en le replaçant dans mon paysage idyllique. Je réalisai alors la monstruosité et le danger potentiel de cette masse de fer, de technologie et d’explosifs où qu’elle puisse circuler. Le tank et son équipage se sont déplacés de quelques milliers de kilomètres mais ne ce sont jamais arrêtés de tirer. Je me protège avec une interprétation, parce que je suis dans un rêve ou comment résister à tant de force comme une menace invisible et permanente.

EPJ

2010-2015